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Dormir n’est plus se reposer. Il faut désormais bien dormir.
Et surtout, le prouver.

Après avoir rationalisé le travail, le sport, la peau, l’alimentation et l’état d’esprit, on s’attaque maintenant au sommeil.
Dernier espace supposé intime. Dernier bastion qui tombe.

Le sommeil a désormais son propre langage. On ne dit plus « je suis fatigué ». On dit « mon score est mauvais ».

Sur TikTok, le mot-clé est clair : #sleepmaxxing.
Plus de 500 millions de vues. Routines millimétrées, gadgets, compléments, lumières rouges, tisanes fonctionnelles. Dormir devient une méthode.

Ce n’est pas un mouvement santé. C’est la version wellness de la performance permanente. Les marques ont suivi.
Applis, trackers, matelas intelligents, cosmétiques de nuit, coaching du sommeil.
Quand Estée Lauder recrute un sleep science advisor pour parler rythme circadien et peau régénérée la nuit, le message est clair. La nuit était le dernier territoire non monétisé.
Elle ne l’est plus. Le paradoxe est brutal. On a remplacé le comptage des moutons par le comptage des points.
On prétend ralentir, mais on encode le repos en obligation.
La Sleep Core Obsession ne nous apprend pas à mieux dormir.
Elle nous apprend à rester performants, même inconscients.

La nuit n’est plus un refuge. C’est un nouveau KPI.
Bonne nuit. Et surtout bon score.